Les Éditions de la Morande

A l’origine des Editions de la Morande, en 1973, est un petit groupe de passionnés d’architecture et d’histoire de l’Art. Une quarantaine d’années plus tard, leur catalogue comprend plus de trente ouvrages sur le patrimoine architectural de la moitié nord de la France et de la Belgique francophone, du Berry au Brabant et du Maine aux Ardennes.

Ses collaborateurs sont des universitaires, auteurs de mémoires et de thèses comme Laurence Rousseau et Philippe Seydoux, des spécialistes reconnus de la période médiévale comme Thierry Ribaldone, ou encore des chercheurs régionaux (Pierre Jamme, Jean-François Dupont-Danican, Franck Beaumont, Henri de Wailly).

Aujourd’hui animées par Philippe Seydoux, les Éditions ont acquis une solide réputation auprès des amateurs et défenseurs du patrimoine bâti, comme en témoignent les prix décernés par l’Académie de Rouen et les Vieilles Maisons françaises, et l’appui de personnalités telles que Jean-Pierre Babelon, membre de l’Institut, Jean-Pierre Bady, ancien Directeur du Patrimoine,  et Jean-Marie Pérouse de Montclos, historien de l’architecture.

A côté de plusieurs monographies d’édifices, leurs publications s’inscrivent désormais dans le cadre de deux collections :
– les Châteaux et Manoirs, guides de petit format destinés à accompagner les itinéraires de découverte ;
– et les Gentilhommières, ouvrages reliés, de grand format, visant à mettre à la disposition du lecteur un véritable inventaire architectural de la région considérée.

Les derniers titres parus ont traité des départements de l’Oise et de l’Aisne. Les prochains concerneront les départements de l’Aube et de la Haute-Marne, permettant ainsi d’achever la couverture de la région Champagne-Ardenne.

Ce qui fait l’originalité de leur démarche

Pour Philippe Seydoux, auteur de la plupart des nouveaux titres, l’originalité de la démarche, face à celles de nombreuses publications traitant des châteaux, est de chercher à « comprendre » ces édifices. Il ne s’agit pas seulement d’en faire une description « statique », agrémentée de l’évocation de tel ou tel grand personnage plus ou moins lié à son histoire et accompagnée de photos répondant au goût contemporain.

Pour cet historien de l’art – et plus précisément de l’architecture – tout édifice ne se livre qu’à travers les réponses à plusieurs questions :

Quand et par qui a-t-il été construit ?
Pourquoi ce personnage a-t-il choisi ce site ?
Comment a-t-il pu réunir les fonds nécessaires ?
Et surtout, pourquoi l’a-t-il construit ?

La question fondamentale est bien là, car s’il arrive que l’on construise pour le plaisir, ce n’est pas – et de loin – la motivation générale (ce qui est par ailleurs bien dommage !).
Dans la grande majorité des cas, le désir de construire vient du désir de paraître, de faire connaître sa fortune dans tous les sens du mot. Posséder des terres, des forêts, des plantations, des forges, des parts d’armement maritime, des collections, ne permet pas d’exposer sa réussite comme le fait un château ou un hôtel en ville. La somptuosité des ces demeures, la qualité de leurs architectes, répondent à la fortune de leurs constructeurs, souvent considérable, mais éminemment volatile.
Le roi est parfaitement conscient de cela, comme le montre le héros malheureux de la célèbre « Affaire Fouquet », condamné pour l’inconséquence de son attitude flamboyante plus que pour la pratique des prévarications qu’il partageait avec nombre de ses pairs, grands bâtisseurs eux aussi.
L’auteur ne manque pas de rappeler les titres souvent prestigieux des constructeurs, mais il s’attache davantage à identifier leurs sources de revenus, c’est-à-dire les charges qu’ils ont exercées ou les professions qu’ils ont occupées, de même que leurs liens avec les grands personnages du royaume.
Il est intéressant de noter à ce propos que dans les périodes les plus sombres des Guerres de Religion et de la Fronde, la faveur royale, même limitée, n’a pas cessé d’entretenir le désir de bâtir. On ne compte pas en région parisienne et en Val de Loire les constructions réalisées par de simples « officiers » royaux, titulaires de charges modestes, mais générant des revenus récurrents.

La dernière question, combien passionnante, concerne l’analyse de l’architecture.
Comment l’édifice a-t-il évolué jusqu’à nous ? Comment se présentait-il à l’origine ? Peut-on identifier les remaniements qui en ont altéré les traits ? Une telle recherche conduit parfois à un véritable « jeu de piste » amenant des conclusions étonnantes, voire iconoclastes !
Question liée : ces transformations ont-elles réellement desservi l’édifice ? Dans certains cas, en effet, les modifications apportées à une construction assez banale lui ont donné une allure tout à fait intéressante, comme on peut s’en rendre compte par exemple à Trelon ou à Menetou-Salon.

Dans sa recherche d’identification du commanditaire de la construction ou des travaux ultérieurs, l’auteur ne néglige pas les grands personnages qui ont possédé la demeure, surtout lorsqu’ils y ont imprimé leur marque. Il prend cependant soin de consulter les registres de baptême et de décès pour confirmer que leur famille a réellement résidé dans les lieux. Un grand personnage est souvent propriétaire de plusieurs demeures, mais il est exceptionnel de le voir s’intéresser en même temps à plusieurs d’entre elles.

Souvent assisté de collaborateurs locaux et parfois même de véritables spécialistes, l’auteur procède à une étude approfondie sur le terrain. Il la croise avec les données tirées d’archives et des textes d’érudits, dûment confirmés, n’hésitant pas à recourir au conditionnel lorsqu’il avance une interprétation personnelle.

La passion du bâti ancien le fait privilégier les constructions existantes plutôt que les vestiges à rechercher dans le sol. Les premières – et surtout celles qui n’ont plus d’utilité ou plus de maître – sont trop souvent menacées de disparition voire  de «restauration radicale», au contraire des secondes qui peuvent continuer à dormir paisiblement dans un sol protecteur.

Les ouvrages qu’il présente répondent à la conviction active qu’il partageait avec les fondateurs du « Pays de Caux » et avec Olivier Chaslot, défenseur acharné du patrimoine devant les tribunaux : « Faire connaître, pour faire apprécier et sauver de la disparition dans l’indifférence ».

Les publications des Éditions de la Morande sont proposées en librairie, en particulier à la Librairie Guénégaud, 10 rue de l’Odéon 75006, à la Librairie du Patrimoine, 62 rue Saint-Antoine 75004, à la Librairie Martelle, à Amiens, à la Librairie des Signes, à Compiègne, à la Librairie Cognet, à Saint-Quentin, ainsi que dans les magasins de plusieurs édifices gérés par le Centre des Monuments Nationaux : châteaux de Chambord, de Talcy, de La Motte-Tilly, de Blois…